Dérive

Affiche du spectacle Dérive, Théaâtre du Fil, Loulou, Genève

Un spectacle visuel d’atmosphères oniriques, d’émotions physiques, poétiques et musicales

Des hommes, une femme… Comment dévoiler les vertus de la virilité qui s’expriment dans l’amour, le désir, l’attrait pour la beauté, la noblesse, le courage ou le dépassement de soi ? Comment révéler les pires pulsions masculines, comme la culpabilité, la vengeance, la jalousie, la violence, la colère ou la trahison ? Quel est le regard des femmes sur ce jeu dans lequel elles sont impliquées sans pouvoir y participer avec les mêmes armes ?

Un port. Un navire à quai. Un cabaret.

Sur scène, les valeurs se renversent sans cesse pour souligner les ambiguïtés qui teintent les rapports entre hommes. Sur scène, des mondes essentiellement masculins s’affrontent et s’interpénètrent, révélant les mécanismes en jeu dans leurs rapports de force. Sur scène, une exploration des facettes émotionnelles des relations entre hommes, des mécanismes qui dictent leurs frustrations, leur excitation, leur jalousie, leur orgueil de la possession et leur obsession narcissique de la puissance.

Sur scène, des circassiens rompus à l’exercice de leur corps (acrobatie, jongle, mât chinois, trapèze, roue, danse) recréent ces mondes virils, rendant sensibles physiquement les émotions brutes et brutales, les attractions et répulsions. Sur scène, des comédiens racontent une histoire de lutte pour le pouvoir. Sur scène, des musiciens et des parties chantées intensifient l’atmosphère onirique et rythment les tableaux.

Ce spectacle est né du désir de conjuguer théâtre, cirque et musique sur une scène dominée par les hommes. Autre source d’inspiration, les œuvres de Jean Genet, qui explorent les thèmes de la masculinité grâce à une écriture très poétique, insufflent onirisme et tendresse dans les scènes de violence ou de rivalité. Le regard de Genet sur la masculinité, subtil parce que travaillé par le désir, l’envie et l’adhésion à une volonté de dégradation des valeurs viriles, sous-tend l’esthétique de ce spectacle, également héritée des univers cinématographiques de Fassbinder, Pasolini, et Genet lui-même, qui tous montrent les tensions et les ambiguïtés à l’œuvre dans des mondes d’hommes (le port, le bagne, la prison, le monde des voyous, la Légion, les chantiers…), où l’homosexualité est présente à la fois dans l’accomplissement du désir et son rejet.

Le spectacle privilégie les images, signifie à travers les mouvements, les tableaux, plutôt que par les paroles et le dialogue : il crée des atmosphères. C’est un spectacle visuel, musical, violent, où le langage n’est qu’émotions physiques qui prennent aux tripes. La poésie, le brut et le Kitch cohabitent dans un seul univers, en une provocation qui embrasse, qui caresse, qui bouscule. C’est un spectacle où l’expression de l’image prime, avec des textes poétiques et métaphoriques, et des dialogues tranchants et efficaces. Des prises de parole d’observateurs, personnages en marge, explicitent certains événements de l’histoire.

Le personnage principal est un criminel parfait, qui s’arrange pour faire porter aux autres sa faute, celui qui provoque les événements et suscite l’ambiguïté, les pires pulsions et les plus belles aspirations masculines, valeurs qui se renversent sans cesse. Il incarne la sublime beauté du crime, comme une quête sans fin, un crime à toujours recommencer pour justifier sa culpabilité. Il révèle par sa présence le mystère des hommes et de leur combat perpétuel. Poussé par son instinct, aucun personnage ne peut dès lors s’empêcher de se détruire ni de détruire les autres.

Les positions dans ce combat sans fin sont cependant toujours ambigües, car elles sont l’expression d’une profonde dualité : il est tout aussi jouissif d’être le client que le dealer, le micheton que le maquereau, la victime que l’assassin, le volé que le voleur, le voyou que le flic. L’échange est toujours recherche de jouissance, provoque une excitation érotique, chaque transaction étant une façon d’assurer son pouvoir et sa puissance.

L’unique personnage féminin incarne le regard des femmes sur ce monde impénétrable, sur les faiblesses et les jeux masculins. C’est elle qui exprime, en paroles et en chansons, ce que les femmes pensent de ces rapports entre hommes auxquels elles ne peuvent jamais accéder, incapables de les comprendre puisqu’elles en sont exclues par une loi inconnue d’elles seules.

L’action se situe dans des lieux vagues et inquiétants, interlopes (port, bagne, arrière-salle de bar malfamé, hôtel de passe), c’est-à-dire dans des lieux qui inspirent et attirent le meurtre. Des lieux où semblent résonner le bruit des chaînes, les pas entravés des galériens, les gémissements de douleur et de plaisir, les plaintes des invertis et des victimes, les rugissements de triomphe et les râles de jouissance de leurs bourreaux. Des lieux où les crimes restent dissimulés et impunis, ce qui fait leur beauté et les hausse au rang d’œuvres d’art.

Brouillage qui est la parfaite métaphore du dérèglement des valeurs, quand la franchise équivaut à la lâcheté et quand la trahison est synonyme d’ultime acte d’affirmation de la fierté.

Librement inspiré de thèmes chers à Jean Genet

au Théâtre du Galpon
du 28 mars au 9 avril 2017

Distribution

Production : Théâtre du Fil
Conception et mise en scène : Loulou
Dramaturgie et regard artistique : Sophie Gander
Administration : Franck Fedele
Affiche : Thomas Perrodin (illustration), Claire Goodyear (graphisme)

Scénographie

Lumières Claire Firmann
Décor et construction  Nadja Savoy, Cédric Bach
Costumes Spooky Dolls Surgery
Son  Damien Schmocker

Musiciens

Piano, accordéon  Géraldine Schenkel
Percussions  Julien Israëlian
Guitare  Stéphane Augsburger
Contrebasse  Jonathan Delachaux
Chant  Zoé Cappon

Avec

Janju Bonzon
Roberto Molo
Tanguy Stenfort
Freddo l’Espagnol
Zoé Cappon
Valo Hollenstein
Mehdi Azema
Raphaël Perrenoud
Michel Barras